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NOVEMBRE : Voyage en Inde

Jeudi 10 juin 2010 par Khelyan dans carnet de route 2009, l'Intégral.

Il était grand temps et ce n’est pas moi qui ai tiré la sonnette d’alarme, mais tout simplement mon pauvre corps !
Celui ci a depuis deux jours certainement enregistré l’info “vacances imminentes ” et me lâche en quelques heures. il faut le comprendre , voilà deux ans que je le sollicite en non stop, deux années de décisions, de réponses à trouver de remises en question; bref ! J’imagine l’intérieur de ma tête comme un kaléidoscope multicolore , miroir de l’âme brisé en milliers de morceaux scintillants et colorés… Il était temps de laisser reposer tour ça !

Cochin, mais dites plutôt co- “chine”, à l’inverse de St Joachim qui pour nous se prononce “Chin” alors que le touriste veut absolument dire kime ; l’action se situe pour les moins férus en géographie, au sud de l’Inde. le voyage se passe en deux étapes avec une escale obligatoire dans les émirats arabes ; après 6h d’un premier vol notre avion se pose sur l’aéroport bling-bling d’ Abu-Dhabi,- et nous n’avons que quelques minutes pour courir à travers les boutiques de luxe aux marques presque disparues de notre quotidien Français -avant de repartir pour 3h30 supplémentaires suffisantes pour nous infliger un décalage horaire de 5h. C’est aussi le temps qu’il faudra pour qu’à notre habitude maintenant les bagages restent sur le tarmac de l’escale ; Zut ! Encore…
Discussions sans fin dans un anglais-indien rendu incompréhensible par la déception, et la fatigue, formulaires aussi brouillés, et pour couronner le tout notre intermédiaire voyageur du Monde qui semble avoir loupé notre date d’arrivée.
On appelle ça l’aventure, trouver de l’argent devient une vraie mission, sortir de l’aéroport à la recherche d’un distributeur, comprendre son fonctionnement, et les devises au fait c’est combien?
Tout semblait nous échapper dans cette moiteur de fin de nuit presque seul à l’autre bout de la terre.
Quelques billets en poche, j’essaye enfin d’attraper un taxi, mais là aussi pas simple ! Rien à voir avec le bordel africain où nous serions depuis longtemps assaillis de braves gens volontaires pour nous escorter jusqu’a notre hôtel moyennant des sommes diverses et variées.
Non ici la règle n’est pas la même, il faut prépayer sa course à l’avance dans l’aéroport, on vous appelle ensuite votre voiture et tout se fait dans l’ordre sir !
Bien entendu pour commander le taxi c’est in, et nous sommes out, et qui est dehors ne rentre plus, c’est la règle aussi.
La discussion est rude et fatigante, le stress et l’angoisse pointent, surtout quand une fois à l’intérieur je m’aperçois que je n’ai pas assez d’argent et que je dois faire comprendre à mes parents restés dehors qu’ils doivent à leur tour retirer des devises et forcer le passage pour qu’enfin nous puissions en toute simplicité prendre place dans notre véhicule.
Le taxi-car s’engouffre dans la nuit inconnue, fort d’une conduite à gauche jamais vue, qui nous fais frôler la mort - à nos yeux- une dizaine de fois; il est 6h30 heure locale quand je me glisse sous la couette du relais château local, la nuit à fondue et notre interprète vient nous chercher dans quelques heures, mes premiers pas sur ce nouveau continent sont loin du calme que je suis venu y chercher, mais tout va bien le lit à baldaquin semble suspendu au dessus du sol et il faut un tabouret pour atteindre le sommet de la montagne immaculée faite par la couette et les oreillers;
Mes yeux se ferment instantanément alors que l’air est baigné par la douce odeur des fleurs de jasmin.

10h, où suis-je, j’ouvre difficilement un oeil, quelle heure est-il chez nous, 5h du matin je crois , c’est dur !
D’autant que je me retrouve plongé dans une caverne cotonneuse et humide provoquée par un bouchon dans l’oreille droite au moment de l’atterrissage.
Le petit déjeuner au bord de la piscine, la chaleur et la végétation environnante vont très vite m’inonder d’une tout autre réalité bien plus agréable même si le temps semble un peu gris .
Notre Guide Dileep arrive à notre rencontre, connaissance de mes parents lors d’un ancien voyage, les retrouvailles sont chaleureuses, quant à moi le contact est direct ; jeune indien “little branché” sans moustache, cheveux noirs corbeaux longs et bouclés, le sourire et l’oeil agitateur, l’homme semble sain et joyeux.

Nous nous rendons presque immédiatement dans le quartier des antiquaires, car je ne vous en ai pas parlé mais je ne suis pas complètement on Holiday et la venue de papa et maman pour m’accompagner n’est pas non plus due au hasard.
Notre première mission est de fouiner, chiner, et ramener de quoi remplir un conteneur pour St Nazaire et inscrire là le début de la décoration pour nos nouveaux travaux à la Mare aux Oiseaux.
Le décalage est palpable, nouvelle culture, autre monde, odeurs, couleurs, reliefs, langue, tout arrive trop soudain, appuyé par la pression du devoir et d’un besoin de ne pas se tromper, la tâche nous apparait soudain moins facile que ce que nous avions anticipé.
Dans les ruelles de Port-Cochin nous passons d’une boutique à l’autre, puis un hangar, une cour, un grenier, une porte s’ouvre l’autre se ferme, encore une ruelle, un saut de puce entre deux maisons, des meubles poussiéreux, voire cassés, des objets, des colonnes de pierre lisses ou sculptées, des bronzes ou des lampes à huile c’est tout un univers qui s’offre à nous.
Après un premier tour de repérage, une pause semble nécessaire et c’est au bord du fleuve, sous l’oeil attentif et rieur d’un martin pêcheur en habit bleu que nous grignotons notre premier repas épicé .
Dans nos assiettes, les salades se multiplient piquantes et végétales alors que sur l’eau inlassablement des wagons entiers de jacinthes descendent puis remontent le courant offrant un abri flottant à quelques échassiers.
sur la table, le poisson arrive en darne, cuit au massala, il semble presque séché, accompagné de riz, le ton est donné et la pluie vient de percer les nuages, nous offrant le spectacle incroyable d’un rideau aux gouttes lourdes et frappantes qui martèlent la surface du fleuve et inonde de quelques centimètres notre espace protégé en quelques secondes.
Après un thé fort et amer nous reprenons le chemin des réserves pour le deuxième passage ; cette fois ci avec l’appareil photo, le carnet, un stylo et une idée des tarifs, c’est reparti !
Il est 18h,  trois litres de thé à la bergamote plus tard et je ne rêve qu’a une chose, faire une halte et imiter tous les anges du ciel qui continuent à se soulager au dessus de nos têtes; stop fin de journée.
Sur le retour vers notre hôtel nous ferons juste une escale chez un médecin local pour tenter de m’ouvrir à un meilleur équilibre sonore.
Petite porte, couloir vide, un guichet, au fond, une petite tête féminine et enturbannée me fais signe de pousser la porte battante  - elle semble aussi surprise que moi de la situation, et ne dois pas avoir souvent l’occasion de recevoir des européens…je m’engouffre dans une petite pièce sombre.
Là, le docteur, chemise bleue traditionnelle en inde pantalon en toile, grosse moustache et cheveux sombres, me regarde interrogateur derrière ses petites lunettes assorties a son poil luisant.
Je lui explique tant bien que mal que mon oreille est bouchée suite à la dépressurisation et que je suis depuis dans un brouillard épais.
Il m’observe toujours, ne dis rien et soudain le verdict tombe: “pressez vous le nez et soufflez” - ah ! Comme si je n’y avais pas pensé avant, bon je m’exécute et bien entendu (enfin si je peux dire ça) rien ne change-il attrape un bout de papier sur lequel il gribouille deux lignes illisibles et me demande de passer à la caisse; je m’exécute et quitte le cabinet. Chou blanc.
Finalement cette première journée manque un peu, à mon goût, de dépaysement et je suis loin, même très loin des images de gourous, pagnes, singes et autres zébus que j’avais imaginé prendre en photo.
le reste de la soirée sera calme, après un apéritif au bar autour d’une excellente bouteille de blanc d’un mono cépage vionniay local, nous ferons un deuxième repas encore plus bouillabaisse dans le restaurant de l’hôtel qui se veut plus sophistiqué, beurk !
Une vraie nuit s’annonce enfin, il pleut toujours et après une longue tirade pour essayer de débusquer l’endroit où les jeunes sortent by night, je dois me résigner, l’indien est sage sous le jouc de la religion; après tout je suis venu là pour me reposer.

Cocorico !!! Je suis encore en plein rêve de Krishna quand maman frappe à la porte, il est 8h30 et nous partons à la recherche des éléphants !
Je suis un peu en panique ce matin, car nous n’avons toujours pas de signe de nos valises et mon appareil photo est mort sans la batterie lovée au fond de mon sac.
Sans nos habits nous paraissons tous les trois déguisés avec nos chemises en coton colorées achetées la veille dans une petite boutique typique.
8km nous séparent de notre destination, le chauffeur nous annonce 3H de route, chouette, j’aime découvrir un pays en le traversant ça permet d’être confronté au quotidien de ses habitants et aux multitudes de paysages.
La conduite est tout aussi folle que le soir de notre arrivée et malgré mes nombreuses expériences à travers le monde et mon absence totale de peur sur la route, là je ne fais pas le fier et il m’arrive régulièrement de sérer les fesses.
Notre premier arrêt est à l’aéroport, réveillé après un premier sommeil, légèrement bougon avec ce temps qui se couvre et toujours handicapé de mon oreille droite, je laisse papa se dépêtrer avec les instances locales pour récupérer nos valises, enfin, après presque une heure de bla bla indifranco du sud con ! Faut dire que je n’ai pas pris mon passeport ce qui a provoqué un tsunami.
Bon tout va bien la route est à nous, seul l’ombre de mon appareil photo assoupi pèse encore sur mon humeur.
La route n’est pas aussi délectable que je l’avais imaginée : le kérala est un pays d’eau et ils ont donc profité de la construction des routes et de l’assèchement provoqué pour construire, ce qui donne une infinie chaîne de maisons comme si la ville ou plutôt la banlieue était interminable.
tantôt rose bonbon ou bleu glacier, les bâtiments se succèdent sans aucun soucis d’un quelconque esthétisme, à l’image des représentations de leur dieu Krishna, mariage malheureux entre l’ogre Shrek et la Schtroumpfette, tout est moche et la grisaille n’aide pas à illuminer le paysage.
Nous atteignons enfin un petit coin marécageux, où s’ébattent dans les rizières quelques ibis et grandes aigrettes, vite des photos.
Mon souhait va s’exaucer plus vite que prévu et le gros 4×4 se gare déjà sur le bord de la piste; nous nous arrêtons chez ami de Dileep pour déjeuner.
Le repas est servi dans des feuilles de bananier et se mange avec les mains en s’aidant des galettes sous le regard de toute la famille… je jette un oeil à maman je sait qu’en bonne alsacienne, elle n’aime pas être observée de la sorte et je vois bien à ma gauche que papa mange doucement et ne se jette pas sur la nourriture comme à son habitude.
Minis morceaux de poulet à la coco mais avec tous les os comme broyés à l’intérieur, salade, riz, mélasse au tamarin, concombre au yaourt,et le tout épicé à en pleurer, humm un vrai régal…
Heureusement ce genre d’expérience chez l’habitant a le mérite de laisser une empreinte profonde de bons souvenirs dont on parle encore après de nombreuses années.
Nous prenons congé de nos hôtes après un dernier regard à la représentation de Krishna -schtroumpf, j’ai enfin des batteries pleines, le sourire aux lèvres en route pour les éléphants.
La nature est là, verte et lumineuse, quelques rayons de soleil percent de temps en temps sur les tenues colorées des femmes qui travaillent dans les rizières humides, je me sens loin, clic clac quel bonheur.
Je peux enfin capter les petites têtes blanches et emplumées qui se dressent sur notre passage, un visage buriné, une bande de jeunes au bout d’un pont, une vache, une fleur, euh une averse tsunamienne qui nous noie debout en quelque secondes d’une eau lourde et presque chaude, j’aime la vie, celle là, celle qui bouge, se bat, celle qu’on sent qui vous enrobe, vous colore vous chahute.

Notre véhicule se gare sur un grand parking nous sommes arrivés au parc des pachydermes; là où ils sont bichonnés tout au long de l’année, attendant les fêtes religieuses et leurs habits de lumière au printemps .
Ici la population locale est composée d’éléphant farmer qui mènent les animaux au bain pour les frotter, les nettoyer à l’aide de coques de noix de coco transformées pour l’occasion en gants de crains.
Trompe plongeante, l’œil perdu dans un plaisir accompli la grosse bête semble inondée de plaisir sous le regard des dizaines de badauds venus là pour voir la bête sacrée et qui brise l’instant de cet échange intime entre l’homme et la bête.
Voila toute cette route pour quelques clichés et c’est reparti pour 3h de gymkhana et de face to face car pour rentrer à Cochin.
Dîner du soir, à notre demande, plutôt loin des circuits touristiques, dans l’une de ces petites gargotes chères à mon cœur quand je voyage : accrochée au dessus de l’eau noire du fleuve, a peine éclairée, bien entendu nous sommes seuls et l’endroit n’appelle pas le client instinctivement !
Dileep nous rejoint, il est passé par le port pour faire quelques emplettes : crevettes fraîches, encornets, et red snipers _petits poissons de la famille des dorades_, tout est prêt pour un véritable gueuleton.
Côté cuisine c’est direct on amène le produit , les crevettes sont justes sautées à la plancha, les encornets frits, et les poissons grillés et surtout sans épices, ouf !, dehors la pluie à repris sa chute intemporelles, quelques gouttes suintes à travers notre toit pour finir leurs courses sur la table, le temps est arrêté .
La dernière mi-temps n’est pas au programme, je me renseigne pour allonger la nuit aux côtés de la jeunesse locale, mais celle-ci semble désespérément endormie au son de la religion ; il ne me reste qu’a escalader les quelques marches de bois pour monter dans ma couche nuptiale ….

Dimanche : et je ne peux pas me tromper, une douce musique liturgique s’invite dans ma case à travers mes fenêtres sans carreaux.
Les chants religieux se mélangent aux cris des corneilles, cristallins, envoutants, et à travers cette intensité, la vie m’offre là le message de la fin du déluge et de 48h de pluie sans discontinuer.
J’écarte la moustiquaire, et glisse un œil encore endormi à travers les caillebotis, le soleil n’est pas dans sa meilleure forme mais la lumière absente depuis si longtemps inonde enfin la jungle environnante, et me réveille de ces 3 jours de méditation et de lecture .

Cochin, jeudi la journée s’annonce enfin belle, le soleil brille pour notre dernier jour en ville et après un petit déjeuner énergisant_ fruits frais, céréales et galettes de riz_ nous sautons dans nos Tuc-Tuc pour rejoindre le quartier des antiquaires.
Notre petit retour nocturne à pied de la veille à repositionner mon GPS interne et ce quartier de fort Cochin ne me semble plus inconnu.
Ce n’est pas sans une certaine anxiété pesante que nous reprenons le chemin des commerçants ; pour effectuer le choix final sur les divers meubles et objets qui hantent nos esprits depuis de longues heures.
Avons-nous bien choisi lors de notre présélection, le montant de la facture somme toute très élevée est il mesuré ? Ces quelques jours d’imprégnation locale vont-ils remettrent totalement notre premier choix en péril ?
C’est en silence plongés dans nos doutes, et toute la légitimité de ce voyage,  que nous arpentons les quelques mètres de la petite rue commerçante.

Dès notre arrivée, nous décidons avec maman de nous replonger comme au premier jour dans un tour complet des boutiques et entrepôts pour un nouvel inventaire riche d’un œil plus acclimaté.
Deux heures plus tard c’est le sourire aux lèvres et plus léger que nous rejoignons papa, ensemble nous nous sommes à nouveau arrêtés sur les mêmes objets, et avons choisi d’éliminer ceux sur les lesquels nous avions un doute sans aucun désaccord.
Bien sûr, le soupçon de couleur locale et l’assurance du choix a gonflé la liste de quelques nouveautés plus osées.
Face à notre détermination, notre vieil antiquaire aux allures de commerçant juif, nous ouvre les portes de sa caverne d’Ali baba et nous transporte à travers un dédale labyrinthique de hangars où les meubles, les colonnes et les sculptures s’amoncellent ; ouah !! il faut tout reprendre…
Le petit homme tourne des clés dans des serrures, donne de petits ordres brefs  et millimétrés à ses sbires et nous nous enfonçons dans ces ruelles riches d’années de récupération, plongés dans une semi obscurité à la recherche de la perle rare.
Ici une bassine en cuivre vieille de deux cents ans, là un cheval en bois marqué par les années sort de son sommeil poussiéreux, papa frotte gratte sur une vieille console pour en vérifier la qualité, notre passion commune est mise a rude épreuve mais nous sommes transportés comme galvanisés par ce terrain de jeu inespéré.
Mais le temps défile sa course, et il faut mettre un terme à notre quête, et arrêter de faire grimper l’addition, malgré la volonté de notre hôte.
De retour à la boutique nous faisons un dernier point, puis encore une fois le tour complet des pièces choisies pour une ultime confirmation, l’occasion également pour moi de tout répertorier avec mon appareil photo.
La mission accomplie, le stress de la dépense et de l’organisation de transport audacieuse plane toujours mais nous sommes heureux du trésor presque emporté, notre ami antiquaire nous offre le couvert sur le bord du fleuve, la Mare aux oiseaux vibrera un jour de ce petit morceau d’histoire.

Il est maintenant dix sept heures et le soleil teinte l’eau d’une douce brillance fauve lorsque notre chauffeur arrive ; même si nous n’avons que 250km à parcourir pour rejoindre notre prochaine étape, le temps annoncé est de 5h !!!
En effet je leur donne sans hésiter l’oscar de la conduite la pire que j’ai pu voir jusqu’à aujourd’hui à travers le monde.
Ça klaxonne à tout va, double a 4,5 , alors qu’il n’y a que deux voies, du grand n’importe quoi et je réclame une halte au bout de deux heures de course infernale.
Le poulet grillé bien épicé arrosé de coca et accompagné de riz regonfle nos batteries et nous pouvons repartir vers le sud.
Au Kerala, pays d’eau les routes sont interminables, car seul endroits asséchés, ils en ont profité pour construire tout du long, ce qui donne l’impression de suivre la même et interminable rue sur des centaines de kilomètres sans jamais apercevoir la nature environnante.
3h du matin, notre chauffeur hésite, et cherche l’entrée où nous déposer dans notre retraite qui semble perchée au bout du monde.
Aussitôt descendu, trois jeune hommes tout de blanc vêtus nous recouvres d’un collier de jasmin odorant et s’empressent de nous coller un point rouge entre les yeux !
Etonnant , ma noix de coco entre les mains une paille plantée dedans, je jette un regard inquiet a mes parents tout en continuant a faire des sourires à nos hôtes qui n’en peuvent plus de nous faire des courbettes « dans quelle secte mystérieuse m’avez-vous emmené ? »
Vijoy sera mon compagnon de route jusqu’à ma chambre, sans cesser un instant son flot de paroles incompréhensible et ses caresses précieuses à mon encontre ? Quel accueil.
La nuit va être courte et la découverte plus grande demain, je rentre sous ma moustiquaire et plonge dans un profond sommeil.

Avec le jour tout est plus lisible, l’hôtel est composé de centaines de petites cases dissimulées dans un immense jardin paradisiaque et luxuriant lui-même suspendu au flanc d’une falaise qui descend jusqu’à la mer.
Cocotiers, lianes fleurs multicolores, tout semble accroché pour retenir la vie ici, c’est paradisiaque.
Enfin presque ; puisqu’en novembre il existe la petite mousson qui dure une dizaine de jours et voit dégringoler des montagnes d’eau du ciel ; nous y sommes et notre ciel de verdure est transpercé, noyé, nous trouvons refuge  dans nos cases.
Nous sommes ici dans un des plus grand centre ayurvédique du sud de l’inde, voila le but de notre escapade hors de Cochin, et pour être à l’heure à notre rendez vous médical nous bravons les flots formés sur les escaliers.
Quelques marches plus haut vers le ciel me voilà assis à la droite de mon père face au bourreau, fort moustachu, l’air sévère, la blouse blanche ornée de stylo divers, certainement un signe d’importance le stylo ici !
Bref nous n’en menons pas large pour le moment face aux autres en blancs et en plus ils ne parlent pas notre langue et ne barragouinent que quelques mots dans un anglais mâchonné.
Très vite nous prenons chacun individuellement le chemin d’une pièce privée où nous attend un professeur attitré.
J’hérite d’une petite dame très enrobée au regard noir et direct souligné d’un Mnms rouge flanqué entre les deux yeux comme pour m’hypnotiser ou me servir de cible.
Le questionnaire est sérieux et profond : age, poids, désir et activité sexuelle, fréquentation journalière des toilettes, et autres petites indiscrétions, générales ! Il parait que ça soigne.
A la suite de ce long entretien on me baptise d’un nouveau nom, je m’appelle désormais Kapha-Vata, c’est mieux que petit cuisinier sauvage ou canard bronzé, non ?
Trêve de plaisanterie, vata c’est pour le contrôle du corps et des énergies et Kapha pour le système immunitaire et tout autres résistances ; en tout cas si j’ai bien compris.
C’est un peut comme le chapio dans Harry Potter, nous voila tous désignés par une famille ayurvédique.

Vous avez tout suivi alors en route pour l’aventure et croyez moi ça vaut le détour.
Très vite je vois mes parents se faire enlever et entraîner dans les cahutes en bois alors que la pluie tombe incessante formant comme les barreaux invisibles d’une prison de laquelle il est trop tard pour s’échapper, Brrr a cet instant même je me demande bien ce que je fais là,
Je n’ai pas le temps de trouver une réponse à ma question, qu’un petit homme rondouillard, affublé d’une énorme moustache et d’un tablier en cuir bordeaux me fais signe d’avancer, un léger frisson me traverse, voila mon boucher !
Binou, c’est son nom, me fais signe d’entrer devant une lourde porte en bois.
A l’intérieur la pièce sombre ressemble à une cellule monastique ; une table rustique comme seul mobilier un ventilateur au plafond, des cloisons qui ne montent qu’a 2m50 et laissent passer d’étranges soupirs, et au fond un lavabo succin .
Ah ! J’oubliais le tabouret miniature qui trône au centre de la pièce et pourtant ; Binou me fais signe de me dévêtir, et de me dévêtir encore jusqu’à ce qu’il ne me reste plus rien et m’assoie sur le fameux tabouret !

Quelle drôle de sensation, là en pleine jungle, nu sur un tabouret face a un gnome en tablier de boucher.
Soudain le ventilateur se met en route avec lourdeur  et la porte s’ouvre pour laisser rentrer un jeune gaillard robuste qui frise les deux mètres, c’est le jeune apprenti boucher.
Et bien zut en voila deux maintenant et moi je suis toujours seul sur mon tabouret à me repasser le film midnight express.
 Le nain et le géant me soulèvent maintenant et à l’aide d’une petite éponge se mettent tous les deux à me nettoyer, puis à m’essuyer dans mes recoins les plus intimes- quelle expérience- avant de me replacer sur mon siège.

Binou allume un bâton d’encens, il me fait face me lance quelques incantations magiques et me pose un doigt chargé de pigment au centre du front, aïe ça y’est je suis mort ?
Non, je re-ouvre les yeux rien n’a changé mais mon tortionnaire n’est plus là !
C’est alors que des mains puissantes m’attrapent la tête par derrière et que commence le premier massage énergique ; l’huile coule à flot sur mes cheveux et l’étreinte est musclée,contre ma tête, ma nuque, mes épaules, et mon dos ; je commence à apprécier les attentions de mon compagnon de cellule.
Pour l’acte deux c’est le géant qui entre et laisse alors le petit s’éclipser en silence.

En quelques secondes, le jeune homme déroule un tapis de cuir, le recouvre d’eau savonneuse le rince tout en se lavant les pieds, le sèche et le couvre d’une mousseline blanche, moi sur mon tabouret je reste muet.
Maintenant il attrape une corde a nœud qui pend du plafond et y accroche un morceau de tissu, cette fois-ci je crois que ma dernière heure est arrivée.
Mais c’est avec une douceur très particulière que mon jeune indien me crucifie face contre terre sur le tapis pour me recouvrir d’huile en partant de mes fesses et en s’éloignant soit vers les bras soit vers les jambes ; me voilà presque confit.
La suite vaut le déplacement, posant un pied de la taille de mon avant bras sur mon postérieur, le voila qui glisse sur tout mon corps avec une dextérité manipulatrice impressionnante, attrapant chaque muscle, explorant chaque recoin de mon pauvre corps avec une sensualité retournante .
Ah oui je ne croyais pas si bien dire car mon géant me fais signe de me mettre sur le dos !
Et le revoilà coté face, ouah gardons notre calme, voila une expérience pour un homme, qui demande un certain self contrôle, et ce n’est pas fini.

Après un petit passage sur mon tabouret le temps de tout plier, binou marque son retour en m’allongeant sur la table face vers le sol.
La suite est tout aussi rok’n roll car maintenant ils sont deux pour me tartiner d’huile à 4 mains, côté pile et côté face…

Et ce sera comme ça pendant les 5 jours ; deux heures de massages obligatoires, seul les finales changent en fonction de mon interrogatoire  post opératoire, tantôt a l’aide d’une calebasse percée on me fera couler de l’huile chaude au centre du front, tantôt j’aurais droit a un masque de yaourt et concombre, et une fois même ils m’enfermeront dans un placard en bois d’où seul ma tête ressort avant de mettre en route un petit feu qui provoque une vapeur intense, et hop un petit canard à la vapeur.

Le reste du temps dans ce petit paradis est occupé par la lecture, la méditation, les promenades sur la plage, les bains dans la mer, bref, rien de très compliqué, On se fait même très vite aux repas quasi exclusifs végétariens et à la boisson locale  « herbal water » qui est une genre d’infusion diurétique.

Ainsi se termine cette première expérience indienne ; je pense que la région n’était pas celle que j’aurais du choisir pour mes attentes de globe trotteur photographe amateur, ou alors il aurais fallu que je la découvre en bateau.
Mais j’avais besoin de m’échapper de respirer, de me reposer, de ramener des trésors, de me retrouver avec les gens que j’aime, et c’est une totale réussite.
Quand a la cure d’ayurvédique les résultats sur le bien être général corps et esprit sont bluffant et je pense que je reviendrai de temps en temps pour réparer la machine :)
Le radjhastant et ses fakirs attendra encore un peu avant que je foule sa terre….


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