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NOVEMBRE 2005

Mardi 29 novembre 2005 par Eric Guerin dans carnet de route 2005.

Je sens l’hiver arriver… le froid, l’humidité, les journées glaciales mais ensoleillées, et, les ballades en forêt.

Après mon retour du Japon, besoin d’être chez moi, en cuisine, de remuer, bouger, shaker mon univers, le retrouver, le transformer, le faire évoluer… Quelques nouvelles idées apparaissent, le « jus de chorizo juste épicé » fait son entrée avec les huîtres ou la St jacques. Le civet de choux rouge et oranges sanguines accompagne à merveille le lièvre et la purée de choux de bruxelles.
Ça pousse fort, ça bosse dur, puis le rythme se calme vers le 20 novembre et c’est le doute, la fatigue et le blues du cuisinier qui fait son apparition ! Il fallait bien que ça arrive. A fond depuis le mois d’avril avec juste quelques micro congé de ci de là ; une année intense, un voyage si fort en émotion et un retour en force…

Bref, c’est la cassure, le plongeon. C’est dur et ça fait mal. Deux ou trois semaines dans le noir complet, même la chasse et mes chiens me donnent envie de pleurer. L’inspiration est à zéro, désolé, il y a plus d’abonné… Heureusement j’ai la chance d’être bien entouré, et une grande discussion nocturne avec Benoit (mon chargé de communication et accessoirement réceptionniste) m’ouvre les yeux et me fait l’effet d’une claque ! Oui, c’est vrai, je suis devenu ce que je ne voulais surtout pas être, l’esclave d’un métier, prisonnier dans l’univers magique que je me suis créé. Si, comme Alice j’ai dégringolé, merci au Lapin blanc qui m’a remis sur la route. La solution je la connais : du repos, du recul. Retrouver le plaisir et l’inspiration naturelle. C’est décidé, je lève le pied

Mes amis de la télé japonaise NH4 arrivent. J’accuse le coup de cette visite depuis déjà plus d’une semaine. Angoisse stupide, manque d’assurance. Voilà, ils sont là et je sais qu’après je fais une pause sur le défilement trop rapide du magnétoscope de ma vie. J’enchaîne promenade en chaland, c’est la tempête, le vent souffle à 120ou 130 km/h et je m’envole, mais ça me nettoie la tête, et ils ont l’air d’apprécier. Ils vont peut-être faire un bêtisier avec mes cascades ! Le soir, c’est le dîner avec la recette d’inspiration japonaise. Dans mon bureau je cherche le thé vert ramené de Kyoto et dissimulé depuis au fond d’un placard en attente. Très vite j’improvise une petit jus poireaux St jacques pur et légèrement poivré, j’y ajoute une cuillère à café de thé matcha, je ne chauffe pas plus, j’émulsionne et l’odeur marécageusement herbacée me replonge à l’autre bout de la terre… Une cuillère de purée d’hélliantis, 3 belles noix à la plancha, un éclat de laitue de mer cristallisée et c’est finit ! Un bol en faïence bleu, un morceau de planche de mon ancien chaland de chasse… on revient sur terre, dans mon univers. Finalement c’était pas si dur et en plus ils sont super sympas !! Voilà, j’y suis, j’arrête.

Mardi soir on ferme le restau, jeudi repos, samedi chasse jusqu’à 17h et le dimanche aussi, après le service.
Quelques petits problèmes internes d’apprentissage, avec mes jeunes, viennent entacher ma sérénité toute récente, mais c’est pas grave, maintenant je suis prêt !
C’est décidé, l’année prochaine je change l’organisation.


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