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printemps 2009

Mercredi 20 mai 2009 par L'équipe de La Mare aux Oiseaux dans carnet de route 2009, l'Intégral.

Mars

Je rêvais il y a quelques mois d’une année 2009 « tout n’œuf » et je ne croyais pas si bien dire …
Je pourrais également me croire arrivé au terme d’une année en 7, qui pourrait annoncer un certain renouveau, mais si ma date de naissance est la bonne alors c’est juste le «  n’œuf » annuel qui a brisé sa coquille pour faire renaitre la Brière dans la lumière.

Tout recommence lundi 2 Mars, après une année de débâcle, la chronique d’un ciel étoilé se profile à l’horizon.

Et si l’année dernière, heure pour heure je dormais sur mes deux oreilles, aujourd’hui je ressens une certaine vibration qui fait défiler sous mes paupières un TGV d’images à grande vitesse, zommmm tout va tellement vite que même les vaches ne s’en souviendront pas.

8H30 le rendez vous est pris pour une interview sur une grande radio, suite aux rumeurs et aux diverses fuites qui circulent depuis plusieurs semaines, je fais des vocalises depuis 10 mn pour ne pas trahir ma mauvaise nuit et mon réveil en catastrophe encore trop proche.

8h20 le doute commence à m’envahir, 8h30 toujours pas de nouvelle, le téléphone a pourtant l’air de fonctionner et je décroche bêtement pour vérifier si la tonalité est bonne ; visiblement les rumeurs ne sont pas fondées c’est fini. Quelque peut désabusé mais bien réveillé, le capitaine décide quand même de rejoindre son navire, prêt à affronter une année supplémentaire de bataille contre les flots déchainés, mais la météo en a décidé autrement quand à 9h15 le brillant François Simon affiche les résultats du millésime en neuf du Michelin.
Quasi immédiatement le téléphone s’emballe, les journaux, radios, et TV régionales vont se bagarrer pour avoir mon ressenti (quant à mon rendez vous matinal, il était simplement repoussé, j’avais un message sur mon portable, ah ! maudit téléphone.)
Ce simple petit Pin’s virtuel, suffit à replacer la Mare aux Oiseaux sur le chemin protégé par son étoile du berger, on en pense ce que l’on veut mais la route est plus facile à suivre …
La grosse machine se remet en route laisse son année de diesel en sourdine pour passer dans les tours supérieurs ; les propositions diverses et variées affluent avec la clientèle, et les lundis de repos fondent comme la neige de printemps avec le mois de mars.

Avril

A la mare, les petits oiseaux gazouillent en liberté, suspendus en apesanteur libérés du fil à la patte de cette année de purgatoire.
Passage difficile certes, mais qui nous a donné à tous je pense,- et moi le premier - une nouvelle perception de notre métier et aujourd’hui un sens différent pour partager avec nos hôtes cette nouvelle donne.
Côté projets, je ne perds pas de temps, malgré la première bourrasque de travail, j’utilise chaque minute de libre pour avancer sur le livre. Avec Erwan nous avons pris les dernières photos, laissé parler nos envies et d’ailleurs je me suis aussi mis à l’écriture de mes textes. Là aussi un grand moment de doute, la lourde réalité des choses m’envahit, quelle légitimité je peux avoir à écrire des morceaux de vie sur un livre de photos magnifiques ? La réponse est à ce jour dans la maquette terminée et prête à s’envoler vers l’impression.

Le deuxième projet en cours n’est pas des moindres puisque c’est l’avenir de la maison, et poussé par la confiance de l’étoile retrouvée je multiplie les rendez-vous chez mon archi, je chamboule et tourne les plans pour avancer à travers cette nouvelle énergie. En cuisine la double carte continue à fonctionner et nous donne des ailes, sans pour autant nous bloquer dans notre expression.
Grosses pâtes “coquillage“, tourteau et mangue épicée, une touche de roquette sauvage, Graines de millet gonflées aux morilles, feuilles de foie gras et encornets, Crevettes roses et daurade en brochette Kebab, grosses asperges et jus coco galanga. Mais aussi une jolie carte qui  renvoie à l’équilibre avec la tradition, bref la clientèle est sous le charme, l’équipe en transe d’amour, et la météo nous offre enfin du soleil voilà encore un joli mois.

C’est le moment que choisi Jean-Sébastien Petitdemange pour nous rendre une visite amicale, et en profiter pour enregistrer une émission pour RTL lors d’un coucher de soleil en direct sur les pilotis. Je garde un souvenir emprunt d’une grande sensibilité de ce moment de partage et d’écoute  à mi-voix et en toute félicité, bercés par cette nature qui s’endort en plein renouveau, vibrante de désir, et de cris variés…

Mais les pauses sont rares en ce mois d’avril, et nous décidons de bloquer deux jours rien que pour nous et fêter l’étoile, sans savoir encore que cette escapade va encore marquer à jamais le cœur de ses participants. Le rendez-vous est pris aux alentours de 12h30 en ce lundi, et je retrouve mes 19 personnes en civile sur le parking de la MAO,-avec un certain pincement je l’avoue devant cette grappe humaine, habituellement dispatchés dans l’enceinte de la maison, chacun à son poste ou dispersé dans l’organisation des roulements, nous sommes rarement au complet tous au même endroit à la fois -avec une tenue qui les renvoie vers cette intimité qui m’échappe alors que je me sens responsable de leur petite vie comme de la mienne.

Ces instants de vertige et d’appréhension passés, le camion frigo chargé de victuailles, tel la caravane, prend le chemin de Montlouis. Dans la voiture blanche Cyril sert de chauffeur au chef qui ronfle, et s’amuse à envoyer des photos du patron en mode dodo au reste de l’attelage. La « sportive’ car » trimballe les cuisiniers, alors que dans la verte, les filles- ou presque-décorent le tableau de bord de bonbons Haribo ; plus loin à l’arrière du peloton la « Roro-mobile » s’énerve dangereusement pour essayer de suivre avec à son bord pâtissiers et apprentis.

Nous arrivons en fin d’après midi chez Lise et Bertrand Jousset, -jeunes vignerons de Montlouis juste à l’heure du goûter pour le bourru du coin. Un, deux, trois verres sans dégât et l’escadron se transforme en oiseau des vignes autour de Bertrand le professeur raisonné- instant de vie, choix de vie, culture bio, amour de la terre difficultés , enjeux, et connaissance- tout y passe et j’avoue être sans voix devant l’intérêt général, je n’en espérais pas autant le pari est gagné. Au fond de moi je sais maintenant qu’aucun de la petite troupe n’ouvrira plus jamais une bouteille de vin sans se rappeler le travaille de l’homme, et de la terre…

C’est le moment que choisissent Sylvie et Lise pour nous retrouver et partager ces minutes de communions au cÅ“ur de la vie. Mais le soleil décline et il est temps de regagner le domaine pour une plongée non moins passionnante au centre de la terre dans la profonde cave des Jousset ; là, rassemblés sous le tuffeaux, la dégustation continue jusqu’à l’arrivée de nouveaux participants : François Chidaine et sa petite famille en papa poule du Montlouis, Damien Délécheneau , sa compagne et enfin Sébastien Brunet.

Plus tard c’est dans la grotte voisine, que nous sommes une trentaine à nous attabler pour le dîner, alors qu’à l’extérieur surpris par un orage bien précoce la MAO autour des braises de sarment, s’affaire à rôtir les poulets fermiers. La nuit est tombée, mais dans la caverne du plaisir la température monte, les hommes s’observent, les regards pétillent, et les paroles s’échangent. C’est tard dans la soirée que nous nous éparpillerons les uns chez les autres pour dormir-invités en ami chez les vignerons- quelle hospitalité !

Le rendez vous du lendemain est prévu chez Damien Délécheneau, à côté d’Amboise, là à nouveau au cœur des vignes et des pommiers en fleurs, le célèbre château en toile de fond, nous buvons les paroles du jeune homme. Damien est passionné et son discours très pédagogique trouble tout le monde : défaut du système, urbanisation, victimisation du bon et bien fait, face au profit-comme par exemple ses vieilles vignes tellement âgées que ces monsieur les experts devant l’inconnu décident de les déclasser - Une aberration de plus ! Le jeune vigneron lutte avec une passion fougueuse, et une grande maturité, nous sommes séduits par l’homme, mais aussi par sa terre, son ouverture, ses convictions et son travail.
Au fond de la vallée un coq faisan rappel sa belle, je suis peut être le seul à y faire attention, mais l’heure tourne il est temps de regagner le caveau pour la dégustation.

Retour Chez Lise et Bertrand, et la chance est toujours avec nous ; sous le soleil une grande table est dressée devant le mur en tuffeaux qui nous renvoient sa chaleur énergisante. Sur le Grill des entrecôtes géantes font délicatement crépiter la braise, l’équipe est détendue, les regards sont complices, les mains se touchent, les sourires bordent les lèvres, il flotte comme une grande magie pour ce deuxième repas du week-end. C’est à ce moment là que je me rend compte qu’il va m’être impossible de me séparer de ma petite famille pour le dîner de ce soir prévu au château des 7 tours. Il suffit d’un simple coup de fil à mon ami Akram Benallal, pour réparer mon oubli.

Après un long farniente presque estival sous le cagna, nous prenons le chemin de “la cave insolite“ de François Chidaine ; là, le maître des lieux nous replonge dans la passion du travail avec beaucoup de générosité et en toute simplicité, et nous transporte vers d’autres cieux au travers de ses plus belles cuvées.
Une petite sieste au bord de la Loire brillante et vivante, et le cortège reprend la route vers Tours pour le dîner.
Akram nous accueille dès notre arrivée au château des 7 tours avec cette gentillesse qui m’a déjà séduit lors de mon premier passage. Le repas se déroule avec la même bonté quasi gargantuesque, à table les conversations sont amicales et soulignent le doux plaisir que nous prenons à être tous ensemble. Le retour se fera très vite et très tard dans l’obscurité, mais chut ! Je ne vous ai rien dit.

C’est maintenant le week-end Pascal qui pointe le bout de son nez, les réservations sont au beau fixe tout comme le soleil, et une fois de plus 2009 apparaît comme un très bon cru. Alors que les poules s’ébrouent sur la pelouse, que les colverts s’adonnent au viol collectif et que les grues dansent l’amour au bord du marais la grosse machine de la Mare aux Oiseaux s’ébranle. C’est le bonheur absolu, sur l’île aux oiseaux, mais un Tsunami s’apprête à secouer la chaumière partout les journaux annoncent la nouvelle, Ouest France, Télé 7 jours et même un direct avec Morandini sur Europe 1 l’info est passée, c’est enfin le moment de la diffusion de l’émission “des racines et des ailes“ tournée l’été dernier. Dès 22h30 alors que nous sommes encore en service, le téléphone commence à sonné, 20mn plus tard c’est le serveur de notre site internet qui implose, nous venons d’atteindre le seuil fatidique des 300 000 visiteurs, c’est le début d’un nouveau combat : la gestion de la crise du trop ! Clients, badauds, curieux, amoureux, et toutes sortent d’oiseaux vont défiler sur Fédrun, pousser les portes de la maison en non stop pour apercevoir celui qu’on a vu à la télé… Je n’en reviens pas de cet impact, le restaurant et l’hôtel se remplissent à vue d’œil et il faut très vite compter 1mois et demi à l’avance pour avoir une table le week-end ; la semaine nous bloquons à 35 couverts pour reposer l’équipe qui se gonfle très vite de trois personnes supplémentaires, la saison est lancée, encore une fois le but n’étant pas de prendre l’argent soudain, mais de faire découvrir notre univers aux plus nombreux et de se forger une jolie famille d’habitués pour les années à venir, tout en surfant sur cette vague de fraîcheur pour donner une impulsion nouvelle aux projets déjà en cours…


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