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MAI 2009

Mardi 2 juin 2009 par Eric Guerin dans carnet de route 2009, l'Intégral.

Pomme de terre de Bretagne, morue minute en basse t°, bouillon rhubarbe-soja et salade de cocos noirs aux algues…

Si au mois de mai « fait ce qu’il te plaît » j’attaque mon carte blanche avec un plat un peu lunaire …

Pomélos rose mariné, escorté d’un foie gras juste poêlé, d’un céviche de concombre et d’oignons nouveaux, accompagné de quelques praires ouvertes minutes et d’un jus court au romarin.

Rien de tel pour commencer le repas sous un soleil de plomb au dessus de l’océan. Quelque part j’impose la lumière, mais…
Avec la morue je vous entraîne au plus profond de mes pensées actuelles, un poil plus sombres, trompeuses ; à la vue, les cocos noirs ressemblent a de petites olives picholines, vous vous dites : il va nous la jouer soleil, mais non ! Le petit s…

 

Loupé, je vous attire dans les profondeurs, 20 000 lieux sous les mers.
Morue juste salée cuite fondante, chaude et dessus tout en contraste de cocos froids, enrobées d’algues bretonnes et agrémentés d’une julienne de champignons noirs pour la texture, c’est juste déroutant ! Mais si j’ajoute de la pomme de terre c’est pour le support, pour vous maintenir sur terre. Ensuite, pour corser le tout je joue avec un dernier accord improbable : celui du bouillon de rhubarbe acidulé avec la sauce soja.

Voilà, les éléments sont réunis, et vous n’avez certainement rien compris ; c’est peut être décevant mais c’est comme ça, que je vois les choses, en ce mois de mai, euh ! Enfin vite fait quoi !

C’est un peu dans la confusion ou la profusion que nous attaquons ce mois printanier qui cette année nous promet un beau millésime avec un tir de ponts en rafales. Les réservations explosent, les cahiers sont gribouillés et les touches de couleur semblent juste noircir les pages. La météo est avec nous malgré l’ombre de cette vilaine treizième lune, la terrasse se gorge de gourmands de manière prématurée, et la Brière semble figée, rien ne bouge sur l’eau, seul le doux reflet coloré des grues cendrées frise légèrement au passage d’un caneton. J’aime ce contraste du temps presque immobile au bord du marais alors que là haut la vie s’emballe.

Le site Internet fonctionne par à coup malgré le nouvel hébergement et le téléphone lance sa complainte permanente transformant Marie et Lætitia en Vichnous Briéronnes. Les journées, les semaines, défilent, quel jour sommes nous ? Semaine, ou  week-end nous ne savons plus ! Complet au déjeuner, complet au dîner, 8h du matin déjà 2h, et une journée de plus, il faut encore du personnel !

Au milieu de cette bourrasque, bloqué par les éléments depuis des mois, je décide enfin de m’échapper juste deux jours avec Erwan Balança, mon fidèle compère pour faire un point, prendre du recul, m’organiser. La destination est sauvage et calme, Bretonne assurément, pluvieuse malheureusement mais la douche froide nettoie l’âme et le cœur fatigué. Là sur le lac de Brennilis, tantôt la canne, tantôt l’appareil photo à la main nous taquinons la truite et le brochet en nous laissant dériver au gré des vents. Bercé par le doux son du coq faisan dans la prairie, hypnotisé par le vol du busard qui accompagnera notre séjour, je me vide de tout. Côté cuisine c’est la dernière grosse truite de la soirée qui aura le droit de finir en filet sur la grille du feu de camp, saupoudrée de quelques graines de fenouil sauvage, de sel de Guérande et de quelques flocons de sirop d’érable pour nous régaler. Dans l’eau, à température quelques bonnes bouteilles nous font de l’œil alors que derrière nous la tente nous ramène à cet état de l’essentiel.

Le lendemain matin, noyé jusqu’à mi-cuisse, entre la brume et le lac, perdu au cÅ“ur d’une page presque blanche, je retrouve enfin le chemin de mes pensées, il était temps, il faut déjà rentrer. La pause fut brève et je retrouve mon équipe survoltée, équilibriste sur le fil du succès, alors qu’un nouveau reportage sur la maison et sur les magnifiques pigeons de mon ami Rémy est diffusé au 13h de TF1. La maison ne désemplie pas et vendredi, c’est déjà le lancement de l’exposition des photos d’Erwan à Cordemais (150 personnes en buffet à l’extérieur). La gestion de la marchandise, du temps et l’organisation est radicale ; heureusement Nicolas gère ça d’une main de maître, ouf ça passe, et c’est très réussi, mais quel travail.
Le mois se termine déjà, pas vu pas pris, c’est le plein soleil…


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